EP 4 | L’entrepreneuriat dans le secteur juridique ? | David Smadja et Alexandre Yérémian
11 août 2025

11 août 2025
Quand deux entrepreneurs bousculent les codes séculaires du droit français, cela donne un épisode de podcast Quasar qui transcende le simple témoignage. David Smadja (DJs Avocat) et Alexandre Yérémian (Jarvis Legal/LexisNexis) nous offrent une masterclass sur la transformation d’un secteur historiquement conservateur en laboratoire d’innovation.
Pour David Smadja et Alexandre Yérémian, l’entrepreneuriat transcende la simple orientation professionnelle. C’est une « impérieuse nécessité » qui répond à un besoin fondamental : celui de la liberté et de l’autonomie absolues.
Fort d’une expérience formatrice chez PSA entre 2001 et 2005, Alexandre a rapidement identifié les limites étouffantes des grandes structures. Les « process d’une grande entreprise » et leurs modes de décision kafkaïens constituaient autant d’entraves à son besoin vital de création et d’impact.
« Ma motivation profonde résidait dans la liberté de créer, mais aussi dans la possibilité d’influer sur une politique commerciale, économique, marketing, communication. Il ne s’agissait pas de fuir un système, mais de bâtir quelque chose et d’avoir un impact positif sur son environnement. »
Ses premières aventures entrepreneuriales, de la formation IT à l’infogérance avec Integral Micro, portaient déjà cette signature distinctive : apporter une professionnalisation là où elle faisait cruellement défaut. Cette approche méthodique de l’identification des besoins non satisfaits allait devenir sa marque de fabrique.
Pour David, jeune avocat fraîchement diplômé, le constat était similaire mais empreint d’une lucidité précoce. Face aux grands cabinets où l’épanouissement personnel restait une chimère et où la perspective d’une association demeurait lointaine, il a choisi d’embrasser une liberté d’exercice radicale.
L’anecdote fondatrice : Lors d’un entretien dans un grand cabinet, on lui signifie qu’il a une « dimension entrepreneuriale » incompatible avec leur structure. Cette remarque, qui aurait pu être vécue comme un échec, devient son catalyseur. S’installer à son compte signifie certes travailler « dur », mais « pour soi » – une valeur qu’il considère aujourd’hui comme n’ayant « pas de prix ».
Sa décision de s’installer dès 2015, à peine un an après avoir prêté serment, le positionnait comme un véritable « martien du coin » aux yeux de ses pairs. Cette audace précoce témoigne d’une compréhension intuitive des transformations à venir dans le secteur juridique.
L’entrepreneuriat est métaphoriquement décrit comme une « chute perpétuelle », où l’on avance, tombe, mais trouve systématiquement la force instinctive de se relever. Les caractéristiques essentielles :
Le secteur juridique français, resté « quasiment endormi » pendant des décennies, a connu un réveil brutal autour de 2015. L’arrivée des legaltechs a agi comme un électrochoc, créant une dynamique inédite qui a encouragé les avocats les plus audacieux à explorer de nouveaux territoires.
Dès 2015, DJs Avocat alloue un budget « énorme » au marketing digital, avec un focus SEO et création de contenu. L’objectif : rendre le cabinet visible aux entrepreneurs tech et établir une autorité thématique.
Dans un secteur où l’opacité tarifaire était la norme, DJs Avocat fait le pari de la transparence totale des honoraires. Un choix simple aux répercussions profondes.
Une spécialisation qui évolue constamment pour rester pertinente, avec un modèle MRR (revenus mensuels récurrents) pour les sociétés en hypercroissance.
« Le nom ‘Jarvis’ n’était pas anodin – c’était un clin d’œil délibéré à l’assistant virtuel d’Iron Man, anticipant dès 2013 la vision d’un assistant intelligent pour avocats. »
L’histoire de Jarvis Legal commence par une observation fortuite mais perspicace. Les cabinets d’avocats clients d’Integral Micro recherchaient « mobilité, collaborativité, simplification et intuitivité » – des attributs absents des solutions legacy du marché.
Le pari audacieux : Lancée en 2013, Jarvis fait un choix technologique radical pour l’époque : une application 100% Cloud, s’inspirant du modèle Salesforce. Cette décision, perçue comme « martienne » par le marché, a nécessité une véritable « acculturation » des utilisateurs.
La gestion de la trésorerie représente un stress permanent et viscéral pour tout entrepreneur. Cette préoccupation est particulièrement aiguë dans le secteur juridique, où l’accès au financement constitue un véritable « trou dans la raquette ».
Les levées de fonds incarnent l’ambivalence de l’entrepreneuriat moderne. D’un côté, elles constituent un formidable levier de croissance. De l’autre, elles impliquent une dilution du capital et une perte progressive de cette liberté si chèrement acquise.
« La question existentielle que tout entrepreneur doit se poser est : qu’est-ce que tu veux vraiment ? Il n’y a aucune honte à aspirer à être un ‘small giant’ – une entreprise qui ne cherche pas à devenir une licorne mais vise plutôt à assurer une vie professionnelle et personnelle épanouissante. »
L’entrepreneuriat n’est pas qu’une aventure professionnelle – elle impacte profondément la sphère personnelle et familiale. Les nombreuses heures de travail, les montagnes russes financières et émotionnelles, l’incertitude permanente : tout cela pèse sur l’équilibre familial.
Conseil crucial : Il est essentiel que le couple discute ouvertement et anticipe ces implications. La transparence sur les risques, les sacrifices nécessaires et les périodes difficiles à venir permet d’éviter les incompréhensions et les ressentiments.
L’IA représente aujourd’hui bien plus qu’une simple évolution technologique pour le secteur juridique – c’est une « absolue nécessité » qui redéfinit les contours mêmes de la profession.
« L’IA ne remplacera pas l’avocat, mais cette affirmation rassurante cache une réalité plus nuancée. Si l’avocat n’est pas capable d’adapter son métier par rapport à ces innovations et de presque pivoter, certains cabinets disparaîtront inexorablement. »
L’IA est « parfaitement adaptée au monde juridique » car elle excelle dans les tâches chronophages qui consomment traditionnellement le plus de temps des avocats :
Pour être véritablement efficace, l’IA a besoin des « données des datas de l’avocat ». Cette réalité crée un avantage compétitif majeur pour ceux qui commencent tôt à structurer, nettoyer et exploiter leurs données.
Enjeu stratégique : L’avocat doit impérativement rester le « propriétaire et le dépositaire » de ses données et de celles de ses clients.
L’IA permet aux petits cabinets de « se démultiplier » sans embaucher massivement. Un avocat solo équipé des bons outils peut désormais rivaliser avec des équipes entières sur certains types de missions.
Paradoxe observé : Les petites et moyennes structures démontrent une plus grande agilité pour intégrer l’IA. Les grands cabinets souffrent d’une « inertie à lancer les associés et les projets en interne », ralentis par des processus de décision complexes et des résistances culturelles.
David Smadja a consciemment construit une culture qui rompt avec les codes traditionnels. Les collaborateurs ne sont pas de simples exécutants juridiques mais sont intégrés à tous les processus vitaux du cabinet : facturation, communication, acquisition client.
« L’objectif assumé est que chaque collaborateur peut potentiellement devenir un associé. Chaque avocat devient ainsi un ambassadeur, un développeur d’affaires potentiel, un innovateur capable de proposer de nouvelles approches. »
Alexandre Yérémian a bâti Jarvis sur une culture collective forte, ancrée dans le partage de « valeurs et des principes hyper forts ». L’autonomie constitue un pilier central, accompagnée d’une responsabilisation forte.
La croissance rapide pose des défis culturels majeurs. Les recrutements massifs peuvent diluer la culture et faire fuir les « primos salariés », ces « détenteurs du temple » qui incarnent l’ADN originel.
Leur départ constitue une « perte de temps colossal » et peut déclencher une spirale négative difficile à enrayer.
Le piège de la croissance non maîtrisée : L’afflux de dossiers sans compétence adéquate peut compromettre la qualité et la réputation. Il a dû apprendre à refuser des clients pour maintenir l’exigence.
La préservation de la liberté : Des discussions avec des cabinets plus importants ont failli compromettre sa liberté de fonctionnement. Ces expériences ont renforcé sa conviction sur l’importance vitale de l’indépendance.
❌ Le piège de l’association entre amis : Mélanger amitié et business crée des dynamiques complexes et potentiellement destructrices.
💸 La tentation du gaspillage : La confusion entre expérimentation et gaspillage en phase d’abondance.
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